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Hommage à son père



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A l'attention de tous ceux qui auraient souhaité être des nôtres, autour de lui demain, et qui en sont empêchés. A vous tous qui nous avez envoyé tous ces beaux témoignages d'amitiés. Merci.

Au père que tu es,
au père que tu étais,
au père que j’ai rêvé d’être.

En te quittant ce mercredi matin, je pressentais que je te voyais pour la dernière fois…
Je suis rentré chez moi en « pilotage automatique », j’ai posé ma valise, sans la défaire. J’ai attendu, comme s’il y avait quelque chose à attendre… Et puis, vers vingt-trois heures, le téléphone a sonné. Je savais que c’était pour toi. J’ai entendu Martine me dire les mots tant redoutés : « Papi est parti … » …

Alors j’ai repensé à cette dernière matinée passée ensemble, quelques heures plus tôt.
Nous avons regardé quelques photos. Tu étais souriant… mais parfois un peu absent. Je t’ai demandé si tu avais mal ? Tu m’as dit que ça allait mieux mais que tu avais souffert toute la nuit. Et tu as ajouté : « ne le dis pas à ta mère, elle va encore se tracasser ». Oui, tu avais mal mais tu pensais à maman. Tu ne voulais pas qu’elle s’inquiète. Je me suis dis alors, « c’est bien lui, ça, capable de la plus grande des fermetés mais attentif à la souffrance des autres, dur parfois mais tendre aussi avec les siens. »
Je t’ai parlé de tous les amis qui pensaient à toi et t’envoyaient des messages de soutien, parfois de loin, du Niger, d’Arménie ou d’ailleurs. Ca t’a fait plaisir. Nous avons évoqué tous ceux que tu as accueillis avec maman, au cours de ces dernières années. De toutes les couleurs, de toutes les religions. Cela t’importait peu qu’ils s’appellent Gérard, Mohamed, Rhissa, Gamar ou Sira, qu’ils soient noirs, blancs, jaunes ou verts, qu’ils soient en costume ou en jeans, en djellaba ou en boubou. L’enveloppe t’était bien égale, c’était l’homme qui était à l’intérieur qui t’intéressait. Toi tu aurais probablement dit « c’est pas l’emballage qui compte, c’est ce qu’il y a dedans ». Ils sont mes amis et cela te suffisait. Leur religion ? Qu’ils soient catholiques, protestants, musulmans ou chrétienne d’Arménie, peu t’importait aussi. Tu pensais qu’ils croyaient en Dieu comme toi mais qu’ils avaient, du fait de leur origine, du fait de leur culture, simplement choisi un chemin différent pour l’atteindre. Certains même étaient agnostiques ou athées ; tu me disais alors avoir une certaine admiration pour eux, du fait qu’ils savaient donner sans avoir rien à attendre, pas de récompense, pas de paradis…

Puis, le moment est venu de nous quitter. Comme d’habitude, tu as souhaité que je rapproche tous tes objets, les journaux... Tu m’as aussi demandé d’approcher le téléphone pour l’avoir sous la main. Je t’ai dis que je t’appellerai d’ici la fin de la semaine et tu m’as souri, comme si tu savais déjà que tu ne répondrais plus. Mais cette fois-ci, tu n’as pas plaisanté, tu ne m’as pas redit, comme les fois précédentes, « ne traîne pas trop ! ».
J’ai refermé une dernière fois la porte de ta chambre, et dans le couloir, en me dirigeant vers l’ascenseur, je me suis souvenu de ta réponse quand je t’ai demandé de tenir le coup jusqu’à ma prochaine visite : « tu sais, faut pas se faire trop d’illusions … » Et ça m’a fait mal.

J’ai repris ma voiture en direction de Villeneuve et tu m’as accompagné pendant tout le voyage. J’ai refait nos ballades autour du bourg, j’ai souri au souvenir des anecdotes que tu me racontais. J’ai laissé couler une larme en me rappelant une de tes phrases, en novembre dernier : « tu sais, je crois que j’arrive au bout du chemin », suivie d’un long silence …
Tu me disais que tu n’avais pas peur de la mort. Que tu t’affaiblissais et que le jour du départ approchait. Tu avais cette sérénité qu’ont les hommes de foi et je t’ai envié.
Voilà, le jour de vérité est arrivé. Aujourd’hui, tu sais. J’espère que tu as trouvé ce Paradis auquel tu croyais tant. Oh, pas ce Paradis qu’on gagne avec les armes comme le prônent en ce moment certains illuminés. Non, mais ce Paradis qui accueille tous le monde, y compris ceux qui se sont fourvoyés durant leur passage sur cette terre. Cet endroit où l’amour a vaincu la mort, ou la joie et le bonheur ont eu raison de la tristesse et de l’horreur.
Voilà, je vais m’arrêter là. Je pourrais parler de toi pendant des jours et des nuits. Nous le ferons sans doute avec maman, Gilles, Antoine, Martine, Isabelle, nos enfants et petits enfants, tu es un Sujet intarissable. Mais j’ai promis à maman de ne pas être trop long…
Tu nous as quitté mercredi soir ...
C'est peu de dire que tu nous manque déjà.
Tu étais celui qui montre le chemin, celui qui tendait la main quand nous trébuchions... Le sang de nos veines.
Et, dans cette église que tu as tant servie depuis 80 ans, alors que nous sommes réunis une dernière fois autour de toi, il me reste juste une chose à faire, une promesse.
Au nom de tes enfants, petits enfants et arrière petits enfants, je te promets de tout faire pour marcher dans tes pas, suivre le chemin que tu nous tracé fait de rigueur, de volonté, d’intégrité, de tolérance, de paix et d’amour. Et gare à celui qui s’en écartera ! Je veillerai.
Un dernier mot encore pour te dire que je n’aurais jamais voulu avoir un père autre que toi, que tu as été le père que j’aurais voulu et que j’ai essayé d’être. Et je crois que ce sentiment est largement partagé.
Au revoir, papa.
Veille sur nous.
Et comme diraient mes amis Touaregs : que la terre te soit légère.

Ainsi soit-il.
Amen.
Inch’ Allah.

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