Mon espoir pour la Syrie
Jean-François Duchosal, à droite sur la photo, pèlerin de Jérusalem était recemment à Mar Musa. Il écrit à "La Tribune de Genève"
"Mon espoir pour la Syrie"
J'ai appris dans vos colonnes la mort du reporter français à Homs, en Syrie. Ce cas dramatique montre bien toute la complexité des affrontements en cours. D'un côté, la sécurité gouvernementale avec l'armée et une quinzaine de services de police dont certains ont la gâchette facile. De l'autre, une opposition composée principalement d'une jeunesse désemparée qui aspire légitimement à plus de libertés, plus de démocratie sans savoir exactement laquelle.
Avec au milieu, une zone grise où l'on retrouve des rivalités de toute nature, des groupes non identifiés, des déserteurs, des contrebandiers, des bandes armées soupçonnées de recevoir des moyens financiers et des armes de l'extérieur, etc. Il est donc difficile dans ce contexte de s'y retrouver lorsque des civiles ou des militaires tombent. Les Syriens en ont assez de ces massacres et souhaitent la paix au plus vite, car plus rien ne fonctionne dans ce pays. L'embargo, qui ne punit que le peuple, paralyse complètement l'économie. La minorité chrétienne (environ 10%), jusqu'ici acceptée et respectée par le gouvernement, reste sur la réserve face aux événements par pur réflexe de peur quant à son avenir pour le moins incertain.
Avec quelques membres de l'Association des amis de Mar Moussa de Genève, nous avons décidé, par une action de soutien et de solidarité, de passer le dernier réveillon en compagnie du Père Paolo Dall'Oglio, fondateur d'une communauté mixte, oeucuménique et consacrée au dialogue islamo-chrétien. Le monastère de Mar Moussa, nid daigle entièrement rénové par le Père avec sa communauté et des ouvriers de la région, est situé dans la montagne entre Damas et Homs. Le Père Paolo, jésuite venu d'Italie, est un homme charismatique, véritable trait d'union interreligieux, qui prêche la réconciliation en luttant contre toute forme de violence, y compris celle du gouvernement. Cette prise de position lui a valu récemment une menace d'expulsion. C'était compter sans la renommée de cet homme de bien reconnue dans tout le pays. Une importante manifestation regroupant des musulmans et des chrétiens a empêché son départ de Mar Moussa.
J'ai le privilège de bien connaître ce peuple resté authentique et à la citoyenneté très marquée. En marchant de village en village en 2007, j'avais pu apprécier l'accueil (le welcome syrien nest pas un vain mot), le sens illimité de l'hospitalité ainsi qu'un profond respect de l'ancien. Pour terminer sur une note d'espoir et sans vouloir me lancer dans une analyse politique, je pense qu'une force d'interposition internationale onusienne pourrait éviter une guerre civile, que tout le monde craint. A ce stade, une intervention militaire (OTAN ou autre) serait certainement une erreur, car la position stratégique, politique, religieuse et historique de la Syrie n'est pas comparable avec d'autres pays de la région.
La Suisse, qui, à mon sens, a rappelé son ambassadeur trop tôt, pourrait, dans le cadre d'une neutralité active, apporter ses bons offices et ses connaissances pour poser la première pierre d'une base démocratique.
Jean-François Duchosal
Volontaire humanitaire
- andreweill's blog
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