Quand un peuple fête la mort.



jeunes fêtent la mort

Le meurtre de Ben Laden / Quand un peuple fête la mort
par Jean-Marie Muller,philosophe et écrivain, porte parole du Mouvement pour une Alternative Non-violente ( MAN : www.nonviolence.fr )
voir le TEXTE COMPLET de JM Müller en fichier attaché.

Tard dans la soirée du 1er mai, le Président Obama déclare à la télévision : « Je suis en mesure d’annoncer aux Américains et au monde que les États-Unis ont mené une opération qui a tué Oussama Ben Laden. (…) Justice a été faite. Justice has been done. » Oui, mais quelle justice a été faite ?(...) Ben Laden n’a pas été capturé, il a été tué. Il n’a pas été jugé, il a été exécuté. (…) La mort de Ben Laden correspond à une certaine logique, mais c’est seulement la logique de la vengeance. Ce n’est pas la justice qui a été faite, mais la vengeance. (…)
Certes, nul ne peut avoir oublié l’horreur des attentats du 11 septembre 2001 qui a traumatisé le peuple américain. Ben Laden, comme l’a souligné Barack Obama, était « responsable du meurtre de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ». (…) Certes, le terrorisme islamiste fait peser une réelle menace sur les démocraties et celles-ci ont le droit et le devoir de se défendre.
Aussitôt, peu après minuit, de Washington à New York des milliers d’Américains sont descendus dans la rue et se sont rassemblés pour fêter cette mort comme on fête une magnifique victoire. La télévision américaine nous a montré des images de foules en liesse chantant et dansant pour hurler leur joie. « USA, USA ! », criaient en riant à gorge déployée ces femmes et ces hommes pour exprimer leur fierté d’être Américains.(…)
Comment l’homme peut-il fêter la mort en criant de joie ? Ne faut-il pas pour cela que la violence soit profondément ancrée dans son cœur et dans son esprit ? Ne faut-il pas pour cela que la violence ait détruit toute une part de l’humanité en lui ? (…)
Freud fait remarquer qu'il n'en était pas ainsi de l'homme primitif. "Le sauvage, note-t-il, n'est nullement un meurtrier impénitent. Lorsqu'il revient vainqueur du sentier de la guerre, il n'a pas le droit de pénétrer dans son village ni de toucher sa femme avant d'avoir expié ses meurtres guerriers par des pénitences souvent longues et pénibles ." Freud conclut en soulignant que l'homme primitif faisait ainsi preuve d'une "délicatesse morale qui s'est perdue chez nous hommes civilisés ".
Le sage chinois Lao Tseu exprime, dans le chapitre 31 du Tao Té King, la même obligation de prendre le deuil pour celui qui a dû, sous la contrainte de la nécessité, recourir à la violence contre son adversaire : "Aussi brillantes qu'elles soient, les armes ne sont jamais qu'instruments de malheur » ;
(…) L'homme véritablement "civilisé", s'il s'est trouvé pris au piège de la nécessité qui l'a contraint à tuer son adversaire, n'a pas le goût de fêter une quelconque victoire, il ne cherche pas à se disculper par une quelconque justification, mais il veut prendre le deuil de celui qui est mort de ses mains. Les assertions de Lao Tseu et de Freud sont irrécusables : après le meurtre de l'ennemi, la "civilisation" exige le port du deuil, tandis que la "sauvagerie" incite à fêter la victoire.
Certes, il serait probablement déraisonnable d’attendre du peuple américain qu’il prenne le deuil de la mort de Ben Laden.
Il faut tenir cependant avec Lao Tseu que, « pour s’en réjouir, il faut aimer tuer".
(4 mai 2011)

Je me faisais justement la

Je me faisais justement la réflexion que les combats étaient plus civilisés du temps où Charlemagne combattait le roi musulman Aigoland. En voici le récit selon la Chronique de Turpin :

< CONTROVERSE ENTRE CHARLES ET AIGOLAND
Ils convinrent d’une trêve. Aigoland sortit de la ville avec ses troupes, les laissa à proximité de celle-ci et vint, avec soixante de ses plus nobles guerriers, en présence de Charles, qui se trouvait avec ses troupes à un mille de Pampelune. Les deux armées s’étaient déployées dans une belle prairie proche de la ville, qui a bien six milles de long et de large. Le chemin de Saint-Jacques les séparait. Charles dit alors à Aigoland : « C’est donc toi Aigoland, qui m’as dérobé malhonnêtement mon domaine ? J’ai conquis grâce au bras invincible de la puissance divine la terre d’Espagne et de Gascogne, je l’ai soumise aux lois chrétiennes et j’ai chassé tous ses rois de mon empire. Mais alors que j’étais revenu en France, tu as fait périr les chrétiens, tu as détruit mes villes et mes places fortes, tu as dévasté tout le pays par le fer et par le feu, et je m’en plains amèrement. » Aigoland s’étonna d’entendre Charles lui parler dans sa langue arabe et il s’en réjouit. Charles avait en effet appris la langue sarrasine dans la ville de Tolède où il avait passé quelque temps dans son enfance. Sur ce, Aigoland lui dit : « Dis-moi, je t’en prie, pourquoi tu as enlevé à notre race cette terre qui ne t’es pas échue par droit d’héritage, ni à ton père, ni à ton grand-père, ni à ton aïeul, ni à ton bisaïeul. »
– Je l’ai fait, répondit Charles, parce que notre Seigneur Jésus-Christ, créateur du ciel et de la terre, a choisi notre peuple, c’est-à-dire le peuple chrétien, et qu’il l’a appelé à régner sur toutes les nations du monde. Voilà pourquoi j’ai converti, autant que je l’ai pu, ta nation sarrasine à notre loi.
– Il est indigne, repartit Aigoland, que notre race soit soumise à la tienne, alors que notre loi vaut mieux que la tienne. Nous avons Mahomet, le prophète de Dieu, qui nous fut envoyé par Dieu et dont nous gardons les commandements. Nous avons des dieux tout-puissants qui, sur l’ordre de Mahomet, nous révèlent l’avenir. Nous leur rendons un culte et c’est d’eux que nous tenons vie et puissance.
– Aigoland, dit Charles, tu te trompes, car nous gardons les commandements de Dieu, mais vous vous tenez aux vains préceptes d’un homme vain. Nous croyons à Dieu le Père, au Fils et au Saint-Esprit et nous l’adorons, mais vous, caché sous des simulacres, c’est le démon auquel vous croyez et que vous adorez. Grâce à la foi que nous avons, nos âmes vont après la mort au paradis et y jouissent de la vie éternelle ; les vôtres vont en enfer. C’est la preuve manifeste que notre loi est supérieure à la vôtre. Venez donc recevoir le baptême, toi et les tiens, ou bien venez vous battre contre moi et mourir de malemort.
– Loin de moi l’idée, dit Aigoland, de recevoir le baptême et de renier Mahomet, mon Dieu tout-puissant ! Nous combattrons, moi et les miens, contre toi et tes gens. Convenons que c’est nous qui vaincrons si notre loi est plus agréable à Dieu que la vôtre, et que vous vaincrez si votre loi vaut mieux que la nôtre. Et que les vaincus demeurent dans l’opprobre jusqu’au dernier jour, mais qu’aux vainqueurs soient louange et gloire à jamais. Plus encore, si ma nation est vaincue et que je vive encore, je recevrai le baptême. »
On en tomba d’accord de part et d’autre et choisit aussitôt sur le champ de bataille vingt combattants chrétiens pour les opposer à vingt combattants sarrasins, et le combat commença selon la clause fixée. Que dire de plus ? Tous les Sarrasins furent tués sur-le- champ. Puis on envoya quarante contre quarante, et les Sarrasins périrent. Ensuite on envoya cent contre cent, et tous les Maures furent tués. Une seconde fois, on envoya cent contre cent, et, cette fois, les chrétiens, redoutant la mort, prirent la fuite et furent tués. Ceux-ci sont à l’image des fidèles combattants de Jésus-Christ. Car ceux qui veulent combattre pour la foi de Dieu, s’ils retournent en arrière, meurent honteusement dans leurs péchés. Mais ceux qui ont bravement combattu contre les péchés triomphent facilement de leurs ennemis, les démons qui soutiennent les péchés. Nul ne sera couronné, dit l’apôtre, s’il n’a loyalement combattu. Ensuite on envoya deux cents contre deux cents, et tous les Sarrasins furent tués. Enfin on envoya mille contre mille et tous les Sarrasins furent tués sur-le-champ. Alors on fixa de part et d’autre une trêve et Aigoland vint parler à Charles pour reconnaître que la loi chrétienne est meilleure que celle des Sarrasins. Et il promit à Charles qu’ils recevraient le baptême le lendemain, lui et toute sa nation. De retour au milieu des siens, il déclara aux rois et aux chefs qu’il voulait recevoir le baptême. Et il ordonna à toutes ses troupes de se faire baptiser. Les uns consentirent, les autres refusèrent.
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Pour en savoir plus voir le site de la Fondation.
Bien sûr il s'agit d'une légende. Ne reflète-t-elle pas néanmoins une parcelle de la vérité de l'époque ?
Voir sur le site la suite de l'histoire pour savoir pourquoi finalement Aigoland a refusé le baptême malgré la victoire des armes chrétiennes.
Et j'offre un prix au(à la) premier(ère) qui m'écrira pour me dire qu'il avait deviné avant de lire.
L.M.

c est dans l instinct tout

c est dans l instinct tout les créatures respectent leurs morts.

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