Se taire est interdit, parler est impossible



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« Se taire est interdit, parler est impossible »

Cette phrase ne me quitte pas depuis mon retour d’Auschwitz. Conjointement écrite par Elie Wiesel et Jorge Semprun, elle résume avec brutalité le paradoxe « comment dire ce qui ne peut se dire » auquel sont soumis les survivants des massacres génocidaires.

Pour les revenants, parler est physiologiquement impossible. Ils ne peuvent trouver le langage. Ils savent que les mots resteront incompris, ignorés de ceux qui n’ont pas vécu. Pour ne pas trahir, les mots se retiennent. Portant si douloureusement cette honte, après avoir tant écrit, Primo Levy en est arrivé à dire l’indicible par le biais du suicide.

Car, ne pas dire, ne pas témoigner de la descente aux enfers, est inimaginable au regard de leur propre humanité. Se taire serait réitérer le crime contre l’humanité. Le silence obligerait le survivant à un deuxième déni de lui-même. Et, dans ce silence, il deviendrait son propre traitre, son propre bourreau.

Bien sûr, il convient de laisser à chacun une lecture symbolique du paradoxe « comment dire ce qui ne peut se dire ». Mais ne nous voilons pas la face sur l’état spirituel de l’humanité. Le paradoxe de l’indicible touche la totalité de notre planète taire.

Marcher, c’est dire l’indicible avec ses pieds. Comme l’artiste, le marcheur est une réponse au paradoxe. Il erre et vagabonde sans attente, il passe et disparaît. Sa longue marche dit ce qui ne peut se dire.

Dans l’esprit de Compostelle, se mettre en marche, c’est déjà s’indigner. Dans l’esprit de Cordoue, partir à la rencontre, c’est déjà refuser le silence.

aw

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